Moi qu’on croit si sûre de moi sur scène,
il y a des soirs, en coulisses, où je ne sais plus sur quel pied danser.
Je suis faite de chair et d’os avant d’être une image qu’une maison de disques tente de formater pour mieux me vendre.
Je suis cette femme que les fans appellent L’Inconnu,
que son amant appelle mon ange,
mais à qui, au départ, sa mère a donné un prénom simple : Dianne.
Et c’est ce prénom-là qui me revient,
le soir, quand les lumières s’éteignent,
quand j’enlève mon baggy et ma capuche,
que je me regarde dans le miroir — sans maquillage, sans filtre, sans façade.
Je redeviens juste moi.
Et souvent, je ne sais plus très bien qui je suis.
Mon homme.
Parlons-en.
C’est aussi mon producteur.
Et c’est là que tout s’est fissuré.
Quand la presse a braqué ses objectifs sur nous,
quand cette photo a circulé — moi, dans ses bras, en backstage —
j’ai compris que ma vie allait basculer.
Les titres ont hurlé : « L’Inconnu démasquée ! »
Et d’un coup, j’étais passée de “femme forte” à “fille facile”.
Je suis féministe.
Je l’ai toujours été.
Je me bats pour les femmes, pour leur dignité, pour leur droit d’exister autrement qu’à travers les hommes.
Mais moi, à mon échelle… est-ce que je me respectais encore ?
Je savais qu’il était marié.
Je savais qu’il avait des enfants.
Et pourtant, je l’aimais.
Pas comme une groupie.
Pas comme une gamine naïve.
Je l’aimais en connaissance de cause.
Avec la foi bancale de celle qui croit que l’amour, même interdit, peut réparer quelque chose en elle.
Rien n’était sain.
Rien n’était simple.
Alors quand tout s’est retourné contre moi,
je me suis dit que c’était peut-être une forme de justice.
J’ai essayé d’en parler à ma mère.
Après tout, c’est elle qui m’a appris ce que signifie être une femme.
Mais elle m’a regardée avec ce mélange de colère et de déception qu’on réserve aux coupables.
Elle m’a traitée de briseuse de ménage.
Ses mots m’ont frappée comme un coup de poing dans le ventre.
Entre les haters qui m’insultaient en ligne,
les journalistes qui me traquaient,
et Mickael qui s’est volatilisé pour se protéger,
je n’étais plus qu’un fantôme.
Une voix sans visage.
Un nom qu’on salissait.
Je me souviens de cette nuit-là.
Je sortais du studio.
Il faisait froid le long du Rhône.
Je marchais sans but, les mains enfoncées dans les poches, avec ce goût amer dans la bouche.
J’en avais assez.
Assez que mon corps soit plus commenté que mes textes.
Assez d’être une cause qu’on applaudit sur scène et qu’on condamne dès qu’elle descend des projecteurs.
Et je me suis dit :
puisque j’ai déjà tout perdu — ma crédibilité, mon amour, ma mère —
pourquoi ne pas sauter ?
Pourquoi ne pas laisser le courant m’emporter et tout effacer ?
Je ne l’ai pas fait.
Je ne sais même plus pourquoi.
Peut-être parce qu’au fond, une part de moi refuse encore d’abandonner.
Peut-être parce qu’il reste une colère, un souffle,
quelque chose de vivant sous les décombres.
Je ne sais pas si j’ai encore envie de continuer ma carrière.
Mais si je le fais, ce ne sera plus pour plaire, ni pour racheter quoi que ce soit.
Ce sera pour dire la vérité.
La mienne.
Celle d’une femme qui a chuté
et qui cherche encore comment se relever.