Je n’ai jamais aimé les murs blancs ni l’odeur aseptisée des hôpitaux… À croire que ça me rappelle bien trop de souvenirs.
L’infirmière est passée me voir et m’a dit que tout irait bien, alors que ça fait déjà trois jours que je suis là, trois jours que je n’ai pas dormi. Au rythme où vont les choses, elle se trompe, la madame : ça tournera mal, parce qu’à mon tour je vais me retrouver allongé dans un lit.
Je suis cette femme que les fans appellent L’Inconnu,
que son amant appelle mon ange,
mais à qui, au départ, sa mère a donné un prénom simple : Dianne.
Et c’est ce prénom-là qui me revient,
le soir, quand les lumières s’éteignent,
quand j’enlève mon baggy et ma capuche,
que je me regarde dans le miroir — sans maquillage, sans filtre, sans façade.
Je redeviens juste moi.
Et souvent, je ne sais plus très bien qui je suis.
La Fuite
C’est ma marque de fabrique. Petite, je courais pour échapper aux autres enfants. Ado, je courais pour fuir ma mère. Adulte, je cours pour échapper à moi-même.
Pourquoi courir, me direz-vous ?
Parce que c’est la seule alternative que la vie m’a laissée.
J’ai grandi dans un campement de gens du voyage. Pour beaucoup, c’est synonyme de liberté. Pour moi, ce fut surtout synonyme de destruction. Mes parents en étaient les chefs. Mon père est mort peu avant mes trois ans, et dès lors, chaque jour passé dans ce campement fut un enfer. Je n’étais pas une enfant comme les autres : j’étais « la fille de… ».
La tradition orale au sein des peuples est une notion qui m’a toujours effrayée autant que fascinée.
Avec l’âge, je finis par croire que j’ai accordé bien trop d’importance aux croyances et pas assez aux superstitions.
Bien entendu, rien n’arrive par hasard : la culture dans laquelle j’ai grandi m’a apporté mes croyances, et mon vécu est responsable de ma crainte des superstitions.
Cataléptiline
Il était une fois une jeune fille d’une beauté singulière, presque irréelle, que l’on appelait Maeva. Fille unique d’un couple de paysans, elle faisait briller la bourgade entière de sa grâce et de sa vivacité. Elle aimait la danse comme on aime l’air, la musique comme on aime le feu. Son rire éclatait souvent dans les champs, clair et cristallin, et chacun y voyait le présage d’un bel avenir.
En ce temps-là, il était commun de dire qu’une jeune fille devenait femme le jour de son quatorzième anniversaire. Ce jour-là, les prétendants, bien mis et le chapeau à la main, défilaient devant la ferme familiale, espérant obtenir la bénédiction des parents pour demander la main de la jeune fille.
Et l’on murmurait que, pour Maeva, le cortège serait sans fin. À l’aube de ce fameux jour, on attendait foule sur le chemin de terre qui menait à la ferme, tant sa beauté et sa douceur avaient éveillé de convoitises.