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Cataléptiline - Kl - Période 1 : La perte

Période 1 : La perte

Je n’ai jamais aimé les murs blancs ni l’odeur aseptisée des hôpitaux… À croire que ça me rappelle bien trop de souvenirs.

L’infirmière est passée me voir et m’a dit que tout irait bien, alors que ça fait déjà trois jours que je suis là, trois jours que je n’ai pas dormi. Au rythme où vont les choses, elle se trompe, la madame : ça tournera mal, parce qu’à mon tour je vais me retrouver allongé dans un lit.

    Publier Le :Dim - 08/02/2026 

— Madame, votre fils est plongé dans un état de coma éveillé, qu’on appelle en jargon médical « la catatonie ». Les cas avérés de catatonie sont rares et le phénomène est mal compris, je dois bien l’admettre. De ce que je peux en dire, il peut sortir du coma à tout moment, ou ne jamais revenir.

Cet état peut être engendré par un choc physique ; je ne peux donc pas exclure les blessures de Mélo suite à l’agression comme explication. Mais cet état est le plus souvent lié à un choc émotionnel, et je pense que le refus de la mort de Mélaine en est la cause.

Quand les médecins sont arrivés dans la chambre pour réanimer Mademoiselle Serio, votre fils était là, à lui tenir la main, mais il était déjà dans le coma.

Au risque de me répéter, je suis désolé de vous annoncer que la médecine ne connaît pas grand-chose au mal qui touche votre fils ; on essaie de garder ses constantes stables autant que possible. Tout ça est un grand mystère, mais nous ferons tout pour vous aider.

— Mon fils est assis dans une chambre, les yeux grands ouverts, le visage vidé de toute expression, et vous me parlez de coma ? Allez vous faire foutre, très cher Monsieur, ou faites votre putain de taf.

Je viens déjà de perdre celle qui allait devenir ma belle-fille dans quelques semaines et vous venez me dire, LÀ, MAINTENANT, que je suis en train de perdre mon fils, que vous ne savez pas quoi faire, qu’il n’y a pas de solution ?

ALLO, on est en 2016, bordel de merde ! Ce n’est pas concevable, ce que vous me dites là. On envoie des gens sur Mars et vous venez me dire qu’il n’y a rien à faire ! Je refuse. Il faut se battre. MON fils, contrairement à vous, se battra.

— Je n’ai pas dit qu’il n’y avait rien à faire ; j’ai dit que la médecine ne pouvait rien. Votre fils n’est pas mort, Madame : il est assis, et si rien ne paraît, son activité cérébrale crève les plafonds, les derniers examens le montrent.

La catatonie peut se traduire par un coma physique, mais aussi par l’éveil de l’esprit. Il est en état de choc, il a perdu sa route, et il faut avant tout lui parler pour l’aider à la retrouver.

Scientifiquement parlant, il n’y a pas d’explication pathologique à son état, et pourtant il est bel et bien parti quelque part — et j’ose le penser, bien moins perdu qu’on ne le croit.