Melomic.fr
Cataléptiline - Before Cataléptiline - Dianne : La célébritée et ses dérives
Connection

Toutes les victoires n'en sont pas

 Je crois que les gens imaginent la célébrité comme une récompense,une ligne d'arrivée,un sommet, quelque chose qui guérit les blessures.  

Ils ont tort.

Je crois que les gens imaginent la célébrité comme une récompense.

Une ligne d'arrivée.

Un sommet.

Quelque chose qui guérit les blessures.

Ils ont tort.

La célébrité ne guérit rien.

Elle agrandit simplement ce qui existe déjà.

Si vous êtes heureux, elle vous rend euphorique.

Si vous êtes triste, elle vous rend misérable.

Et si vous êtes perdu...

Alors elle vous égare encore davantage.

Le soir où j'ai remporté la Victoire de la Musique pour mon dernier album, tout le monde m'a félicitée. Les journalistes. Les producteurs. Les artistes. Les fans. Même certaines personnes qui avaient passé des années à me critiquer semblaient soudain m'adorer.

J'étais partout. À la télévision. Sur Internet. Dans les journaux. Les radios diffusaient mes chansons en boucle. On me présentait comme une artiste engagée. Une femme libre. Une voix importante de ma génération.

Je souriais. Je remerciais. Je posais devant les photographes. Je faisais exactement ce que l'on attendait de moi.

Comme une professionnelle.

Comme une star.

Comme un mensonge.

Parce qu'au fond, ce soir-là, je n'avais qu'une seule envie.

Appeler ma grand-mère.

Lui dire :

— Mamie, tu as vu ?

Puis attendre qu'elle me réponde :

— Évidemment que j'ai vu, ma petite.

Mais Milenca était morte.

Depuis trois mois.

Trois mois seulement.

Et pourtant, j'avais l'impression que plusieurs années s'étaient écoulées.

Les gens disent souvent que le temps adoucit les choses.

Je n'ai jamais compris pourquoi.

Pour moi, le temps ressemblait davantage à un acide.

Chaque jour qui passait creusait un peu plus l'absence.

Ma mère était morte lorsque j'étais encore enfant.

Je n'avais jamais connu mon père.

Et maintenant, Milenca était partie à son tour.

Pour la première fois de ma vie, je n'avais plus de famille.

Plus personne à appeler.

Plus personne à impressionner.

Plus personne à rendre fier.

Cette pensée me traversa l'esprit au moment précis où je montais sur scène. Sous les applaudissements. Sous les projecteurs. Sous les cris.

J'aurais dû être heureuse.

Je tenais enfin ce dont j'avais rêvé pendant des années.

Et pourtant, je me sentais vide.

Terriblement vide.

Lorsque je descendis de scène, quelqu'un me tendit une coupe de champagne.

Puis une autre.

Puis autre chose.

Une habitude devenue trop facile.

Une poudre.

Une pilule.

Un moyen rapide d'oublier.

Ou, du moins, d'essayer.

Je savais exactement ce que je faisais.

Contrairement à ce que racontent les journaux, les gens ne tombent pas toujours dans les addictions par ignorance. Parfois, ils savent parfaitement. Parfois, ils s'en fichent. Parfois, ils ont simplement besoin de quelques heures de répit.

Moi, j'avais besoin de silence.

D'un endroit où les souvenirs ne me poursuivaient pas.

Alors je consommais.

Pas tous les jours.

Pas encore.

Mais suffisamment pour que cela cesse d'être exceptionnel.

Suffisamment pour que cela devienne normal.

Et ça, c'était déjà inquiétant.

Personne ne semblait le remarquer.

Ou peut-être que tout le monde faisait semblant.

Dans ce milieu, tant que vous êtes rentable, beaucoup de choses deviennent invisibles. Les cernes. L'insomnie. La solitude. Les médicaments. L'alcool. La cocaïne. Le vide. Tout cela disparaît derrière les chiffres. Les ventes. Les récompenses. Les statistiques. Les contrats.

Mon personnage public s'appelait L'Inconnu.

Un nom choisi des années plus tôt.

À l'époque, je trouvais cela poétique.

Aujourd'hui, je trouvais cela ironique.

Parce qu'il m'arrivait de ne plus me reconnaître moi-même.

Les fans voyaient une femme forte.

Les journalistes voyaient une artiste engagée.

Les maisons de disques voyaient un produit.

Les réseaux sociaux voyaient une image.

Et moi ?

Je voyais une fille assise seule dans une chambre d'hôtel.

Une fille qui venait de gagner la plus grande récompense de sa carrière.

Une fille incapable de partager ce moment avec la seule personne qui comptait réellement.

Je retirai lentement mon maquillage. Puis ma veste. Puis mes bijoux.

Le miroir me renvoya un visage fatigué.

Plus fatigué que celui d'une femme de mon âge ne devrait l'être.

Je repensai alors à Milenca. À ses derniers jours. À ses histoires. À son besoin presque obsessionnel de raconter encore et encore son passé. À cette étrange histoire de village détruit. De Kamino. De malédiction.

Je me souviens avoir pensé à l'époque :

— Elle perd la tête.

Aujourd'hui, cette pensée me faisait honte.

Parce qu'au fond, je ne savais pas.

Je ne savais plus rien.

Je ne savais pas ce qui était vrai.

Je ne savais pas ce qui était faux.

Je savais seulement une chose.

J'avais remporté une Victoire de la Musique.

Et j'aurais échangé cette récompense sans hésiter contre une dernière soirée avec ma grand-mère.

Une seule.

Juste une.

Pour entendre encore une fois sa voix.

Et pour ne plus me sentir aussi seule.